Extrait: Aussitot que John eut appris la maladie de son parent, il se mit sur-le-champ en route. Son chemin passait par le comte de Wicklow, et la beaute du pays ne l'empecha pas de se livrer a de tristes reflexions, dont quelques-unes avaient rapport au passe, mais dont un plus grand nombre regardaient l'avenir. Les caprices et le caractere morose de son oncle; les bruits etranges qu'avait occasionnes la vie retiree qu'il menait depuis plusieurs annees; la dependance dans laquelle sa fortune le mettait de cet homme singulier: toutes ces pensees pesaient sur son ame. Il s'efforcait de les repousser; seul dans la diligence, il contemplait le pays, consultait sa montre; ses pensees le quittaient pour un moment, mais ne pouvant les remplacer, il etait force de les rappeler, pour diminuer au moins sa solitude. A mesure que la voiture approchait de la Loge, residence du vieux Melmoth, le coeur de John devenait de plus en plus oppresse. Il se rappelait tout ce qui, depuis son enfance, lui etait arrive dans la maison de cet oncle terrible: les lecons qu'on lui donnait avant de l'introduire en sa presence, les graves recommandations qu'on lui faisait de ne point etre embarrassant, de ne pas approcher trop pres de son oncle, de ne lui faire aucune question, de ne troubler, sous aucun pretexte, l'inviolable arrangement de sa sonnette, de sa tabatiere ou de ses lunettes, de ne pas se laisser tenter par son eclat au point de toucher la canne a pomme d'or placee dans un coin; enfin, de s'arranger de maniere, en entrant et en sortant de la chambre, a ne point heurter contre les piles de livres, de globes, de vieilles gazettes, de tetes a perruques, de pipes a fumer, de bouteilles a tabac, sans compter les souricieres et les vieux livres moisis qui occupaient le dessous des chaises. Apres avoir evite tous ces ecueils, il lui restait a faire un salut respectueux, a fermer la porte bien doucement, et a descendre l'escalier comme s'il avait eu des souliers de feutre. Aux fetes de Noel e